"Ce phénomène est très mal compris par les zoologistes" : le roi de rats du musée de Châteaudun s’est refait une beauté [Echo Républicain]

Plusieurs rats peuvent se retrouver liés par leur queue. Un phénomène naturel étrange et rare. Seuls trois rois de rats sont connus en France dont un à Châteaudun qui date de 1899.

La très riche collection d’histoire naturelle du musée de Châteaudun s’est refait une beauté. Un minutieux travail de nettoyage, de conditionnement et de diagnostic du fonds zoologie a été réalisé en moins de quatre semaines et s’est terminé mercredi, avec deux jours d’avance.

Parmi les 1.450 spécimens naturalisés qui ont été traités sur les 1.600, il en est un particulièrement original et mystérieux : le roi de rats. Cette curiosité, conservée depuis plus de 120 ans dans un bocal rempli de formol, est un regroupement de six rats noués par leur queue pour la vie.

Il ne s’agit pas d’un canular mais le résultat d’un mauvais tour joué par la nature. « Ce phénomène est très mal compris par les zoologistes. Diverses hypothèses ont été proposées : une substance collante sécrétée par la queue qui les souderait, le froid hivernal, qui pourrait geler les queues souillées par des excréments et provoquer leur adhérence ou encore des mouvements paniqués des rats cherchant à se libérer, qui finiraient par emmêler définitivement leurs queues », détaille Mireille Bienvenu, responsable du musée dunois.

« Mais aucune de ces hypothèses n’est parvenue à convaincre la communauté scientifique et le mystère reste donc entier. » Mireille Bienvenu (responsable du musée dunois.)

Le terme roi de rats vient d’une légende allemande selon laquelle un rat roi (Rattenköning), parfois imaginé avec une couronne d’or, gouvernait ses sujets assis sur un trône vivant. « Ce qui est certain, c’est que leur nombre est variable - le plus important roi de rats, celui de Bucheim en Thuringe (Allemagne), est composé de 32 rats ! - et les rongeurs, ainsi liés, ne peuvent plus se déplacer et dépendent de leurs congénères pour être nourris », indique Mireille Bienvenu.

Répertoriée depuis le XVII siècle, cette curiosité zoologique est rarement observée et encore plus rarement conservé dans les collections publiques : “Seulement 25 rois des rats ont été recensés en Europe dont 3 en France. Les deux autres sont respectivement dans le musée de Strasbourg (Bas-Rhin) et de Nantes (Loire-Atlantique). »
Le spécimen du musée de Châteaudun est également documenté. Il a été trouvé dans cet état à Courtalain, commune historique de Vald'Yerre, en novembre 1899 et donné au musée de Châteaudun par Henry Lecomte, qui a envoyé une lettre au responsable de l'époque. Il explique avoir découvert un nid de rats au petit matin dans un petit trou de 6 à 8 cm de diamètre ». « Je n'en pouvais croire mes yeux de les voir tous pris par la queue », a-t-il écrit à la plume sur un papier jauni par les décennies. Les noeuds sont bien formés. Il n'y a ni soudure ni filament. Je ne m'explique pas comment ces sept frères et sœurs rats avec des queues aussi effilées, aussi fragiles puissent se mettre dans un pareil embarras.»


«Un répugnant mais intéressant colis»

Supposant que « de la ficelle ou du foin avait pu ainsi les attacher momentanément par les pattes », Henry Lecomte a pris la liberté » d'adresser ce « répugnant » colis au musée de Châteaudun. « Je crois que ce cas est rare et peut vous intéresser.. »
Sans le savoir, cet Eurélien venait de trouver un roi de rats. Ces animaux, qui mesurent environ 10 cm (du museau à la base de la queue), appartenaient à la même nichée. Ils avaient été déposés dans un bidon contenant de la poudre rouge avant d'arriver au musée, ce qui explique leur couleur rouge, et ne sont plus que six », précise Mireille Bienvenu. Ce phénomène unique n'était plus exposé depuis dix ans pour des questions de conservation et dormait dans les réserves. « Le liquide à base de formol devait être changé. Le niveau avait beaucoup baissé », énonce la responsable du musée. « Le déménagement du fonds zoologie dans une nouvelle réserve a été l'occasion de lancer un chantier de collections avec des experts et tout ce travail a été financé à 100 % par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) pour un montant de 25.000 €. »

Un protocole « carré » qui a été « respecté à la lettre »

Le traitement du roi de rats s'est déroulé sur deux journées. Le lutage, c'est-à-dire le scellement du bocal, ne fonctionnait plus. C'est pour cette raison que le niveau du liquide baissait et que les queues des rats pouvaient devenir cassantes », détaille Hugo Bordet, conservateur-préventeur, spécialisé dans les collections en fluide. Mais les six rats sont tous en bon état et bien conservés. Il n'y en a qu'un seul qui avait perdu un peu de matière, mais il a repris un peu de volume depuis que nous avons changé les 5-6 litres de liquide. Le liquide d'origine était du formol, un produit cancérigène très toxique et c'est tellement fixatif que ça emmêle les brins d'ADN. Les animaux ont ensuite tendance à perdre leurs couleurs et à déshydrater. » Le formol a été remplacé par du Kaiserling III modifié. « Il s'agit d'une solution, à base de glycérine, conçue pour l'exposition. Ce n'est pas un solvant et cela va donc nécessiter moins d'entretien », relève Hugo Bordet qui a réalisé toute cette opération avec Thierry Oudoire, également consultant en conservation préventive. « II a fallu des bains de plusieurs heures et le lutage a été réalisé à la cire d'abeille naturelle. Le protocole a été établi par un conservateur-restaurateur spécialisé, le docteur Sébastien Enault. Il est très carré et nous l'avons respecté à la lettre. Cette exceptionnelle et intéressante opération est une réussite. C'est un point fort de mon année et une bonne référence. Il y a de grandes chances que ce soit le seul roi de rats de ma carrière ! ». Les rongeurs, qui ont toujours « un côté un peu rosé sur quelques poils », vont pouvoir à nouveau attirer tous les regards des visiteurs. « Nous avons conservé le flacon d'origine qui est très lourd - le tout pèse environ 11 kg! - et a un verre très épais. Il faudra juste bien le caler », recommande Hugo Bordet.

Crédit : Frédéric LEVENT.

 
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